lundi 16 juillet 2007

Lodz, suite et fin

Ca en fait du temps que vous vous impatientez de savoir quelle a été la suite des aléas de mon séjour complètement oriental… Ne vous en faites pas, j’ai des valises entières d’impressions, de souvenirs et d’anecdotes à vous relater. Un petit point d’abord : il y a eu déplacement géographique depuis la dernière fois, je suis maintenant à Kiev, prête cette fois-ci à m’enraciner un peu plus qu’en Pologne. Je suis arrivée vendredi dernier, par le train de nuit après 18 heures de voyage depuis Varsovie, mais commençons par le commencement : je vous ai abandonnés à Lodz, je vous reprends à Lodz.


Considérations générales sur le charme de la ville et sur l’étrangeté de consonance du polonais

De Lodz, je ne retiendrai pas grand-chose de plus que ce que j’ai évoqué la dernière fois : une ville sans charme proprement historique, mais dans laquelle une certaine atmosphère plutôt agréable naît des très nombreuses anciennes fabriques en briques rouges, parfois désaffectées, parfois remises à neuf, qui truffent le centre-ville. Le polonais est une langue bizarre, qui ressemble pas mal au russe mais qui en est suffisamment éloignée pour que je me sente totalement perdue. Même leur monnaie à un nom qui me semble sorti d’un roman de science-fiction : le zlotys. Ca fait très futuriste, on imagine la monnaie utilisée par le peuple Zgorbuk sur la planète Y237…

Ania l’intrépide

Je me souviendrai bien plus d’Ania, jeune collègue polonaise de ma boîte qui m’a prise sous son aile. On communiquait dans ce globish florissant de fautes que j’ai déjà évoqué la dernière fois, qui était toutefois plus élaboré que celui parlé avec le jeune théologue de l’avion. Ania est une jeune femme dans le vent, avec qui j’ai fait du shopping, papoté garçons et droit à l’avortement en sirotant un chocolat et braillé « Independant Woman » des Destiny’s Child quand la chanson passait à la radio de sa voiture. C’est ma première copine de ce séjour, j’en garderai donc un souvenir ému. Celui que j’affectionne particulièrement a trait à mon départ de Lodz, je vous le raconte dans un instant, mais comme j’essaye de conserver une certaine chronologie, je vais d’abord vous parler des garçons polonais dans les ateliers.

Mieux que les plombiers : les soudeurs polonais !

J’aurais voulu faire quelques shoots de ces jolis prolétaires en bleus de travail qui oeuvraient dans l’atelier de ma boîte, que j’aurais publiés avec une légende les comparant aux fameux plombiers polonais qui ont tant fait fantasmer les foules. Pour aller déjeuner, il fallait traverser l’atelier, et ça ne ratait pas, ils arrêtaient toujours leur machine à souder pour nous regarder passer, Ania et moi, se retournant aussi peu discrètement que possible. Ania était agacée, moi je trouvais ça marrant, de voir ces nounours musclés aux mains rudes nous balancer des œillades un peu grossières.

Où il est question de zèle et de bouton…

Sinon, j’ai aussi eu mon premier rendez-vous professionnel, on va dire un prélude, car celui-là comptait pour de faux. J’ai juste accompagné mon chef polonais chez un pote à lui, français, qui avait ouvert sa boîte en Ukraine, pour qu’il me donne quelques contacts. Le seul élément marrant de cette histoire est mon zèle à paraître la plus impliquée possible, posant plein de questions pour que mon chef se dise que je suis la bonne personne pour ce stage, et ce tout en luttant discrètement contre le bouton de ma chemise situé juste au niveau de mon soutien-gorge qui par trois fois s’est dégrafé, parfois sans que je m’en aperçoive, laissant tout le loisir de ma lingerie à mes interlocuteurs… J’ai fini par trouver moi-même la scène cocasse, et je me suis un peu détendue.

Le départ

Le jour de mon départ de Lodz a été dur. Lever 6h, transport de mes 20 kilos de bagages (une véritable tonne pour mon petit corps faible, imaginez-vous) jusqu’au parking où m’attendait Ania, puis petit-déj assises sur un banc devant la gare, pas bien longtemps d’ailleurs puisque nous nous sommes fait chasser par un clodo (pas unijambiste, celui-là, mais il aurait pu !) qui puait la pisse. Je rappelle qu’il était environ 7 heures... Puis nous apprenons que l’autobus de 8h pour Varsovie est plein, qu’il va falloir prendre le suivant, à 10h, ce qui est impossible car j’ai un rendez-vous (un vrai celui-là, en russe de surcroît) à Varsovie à 12h. Prendre un train est un peu difficile, la solution est donc de négocier avec le chauffeur du bus de 8h dès qu’il arrive. Ah, mes amis, il fallait la voir, la Ania, se jeter sur le chauffeur à peine les portes du bus ouvertes, et l’assommer d’une litanie en polonais, me désignant et prenant un ton mi-stressé mi-suppliant. Selon un témoignage que je vous détaillerai plus tard, tout le bus était au courant que j’étais une pauvre petite française perdue en Pologne qui devait en urgence se rendre à Varsovie, à croire que ma vie en dépendait… Son insistance a été plutôt fructueuse, et je suis finalement montée dans le bus pourtant déjà plein, et j’ai partagé un siège avec celui d’un jeune couple. Et, avec mon cul posé sur ce demi siège, j’étais plutôt bien lotie parce que le chauffeur a fait monter bien trois ou quatre autres personnes, qui ont fait tout le trajet debout.

Je vois que pour cette première partie, j’ai déjà beaucoup écrit, et comme je ne veux pas vous assommer de texte, je vais donc vous faire patienter un peu avant de publier la suite de mon séjour mouvementé. A suivre donc, les aventures de Natacha de Lodz à Kiev. Qu’on se le dise !

PS : en relisant les commentaires de mon dernier billet (continuez, surtout, j’adore les commentaires !) je ne puis m’empêcher de relater les paroles de Tomek, chef de la production de ma boîte à l’anglais approximatif, mais très déterminé dans ses paroles : « When you see many many workers, but (prononcez « bat ») few machines, no good, it is manual work, but where there is many big machines and few few workers, ho-hooo, interesting (roulez le « r ») they must make big money. ». Cette philosophie de la rentabilité dans l’atelier m’a fait bien marrer : des grosses machines, le moins d’ouvriers possible, car ces couillons coûtent cher, se mettent en grève et en plus, comme ce ne sont pas des machines, ce qui veut dire que leur boulot n’est pas parfait. Alors, mes chers défenseurs des prolétaires qui lisez ce blog, laissez donc la tombe de Makhno tranquille et venez plutôt faire la révolution dans les ateliers polonais, venez protéger la valeur travail, l’intelligence de la main contrainte de céder du terrain devant ces monstres les machines, symboles inhumain d’un capitalisme robotisé… Qui donc me parlait de faire un argumentaire sur l’échec du capitalisme en Pologne ?

3 commentaires:

Thibault a dit…

Excellent Nat'! Quelles qualités de conteur!!! J'attends maintenant la poursuite de tes aventures, et notamment le récit de tes rencontres avec la belle Sveta et le minigarque Serguei!!!

A+

THib

Alcibiade a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Alcibiade a dit…
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